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samedi 28 janvier 2012

Du côté de la psychologie



La chirurgie esthétique

"Norma, êtes-vous pour ou contre la chirurgie esthétique ?" (anonyme)



Je ne pense pas que ma position personnelle par rapport à la chirurgie esthétique soit importante pour cette rubrique.
En revanche, votre demande semble cibler les avantages et les inconvénients, particulièrement d’un point de vue psychologique, de cette pratique presque banalisée dans notre société, surtout dans des milieux pouvant s’offrir de tels services…

Notre société confond fréquemment "apparence" et "être" : l’allure générale et l’aspect physique revêtent de plus en plus une importance capitale
La minceur, la jeunesse, la mode s’affichent sur tous nos murs ; en revanche, notre culture met rarement en exergue les personnes que nous sommes.
Cette pression sociale a un impact sur chacun de nous, le poussant à atteindre un idéal esthétique - par ailleurs souvent impossible à réaliser - une fausse image de perfection que l’on voit à la télévision et dans les magazines. 
Ainsi, nous portons en nous le fantasme inconscient d’une image corporelle idéale et d’une jeunesse éternelle.
La beauté est injuste et crée des inégalités entre individus qui, bien que souvent non dites, ont de très fortes implications sur leur vie affective et amoureuse. Dans "L’Histoire de la laideur", Umberto Eco rapporte le destin peu enviable de ceux que la nature a défavorisés.

Pourtant, les anthropologues ont démontré la relativité des critères de beauté, selon les sociétés.
Si l’appréciation de la beauté varie selon les époques et les cultures, elle se fait tout de même autour de quelques "attracteurs esthétiques" quasi universels : jamais l’on ne verra des dents mal plantées, des boutons sur le visage, une grimace, des tâches et des rides, présentés comme des canons de beauté.
La sélection beau / laid s’opère hélas dès l’école, quand ce n'est pas au coeur de la famille elle-même. 
Dès la cour de récréation, les "vilains" (et vilaines...) subissent des attaques impitoyables. De nombreux enfants souffrent en silence des persécutions faites à ceux qui ont le malheur d’être trop gros, trop petits, de loucher ou d’avoir les dents mal plantées.
Mais c’est incontestablement dans le domaine de l’amour que la loi de la beauté est la plus cruelle. En dépit de  "l’amoureusement correct" qui voudrait que l’on aime une personne d’abord pour sa personnalité, sa générosité, son intelligence, son humour…, la beauté reste l’un des facteurs prédominants dans l’attraction entre les êtres humains.

Ainsi, devenir beau peut donner, pour certains, la clef de ce bonheur jusque-là impossible, ou dramatiquement perdu.

Et, dans notre société occidentale, la beauté est souvent assimilée à un corps lisse, mince, grand et… jeune !
Ainsi, à côté du culte de la beauté s’est développé celui de jeunesse ; la chirurgie esthétique cible aussi cet idéal de jeunesse éternelle qui peut évoquer aussi un fantasme d’immortalité.

Dans ce cadre et sous cette double pression, beauté et jeunesse, d’aucuns se tournent "légitimement" vers la chirurgie esthétique.
Plus de quatre millions d’américains eurent recours à la chirurgie esthétique, seulement pour l’année 1999 et, depuis, ce nombre est allé en croissant.
En France, aujourd'hui, le nombre d'interventions de chirurgie esthétique oscille entre 150 000 et 200 000 opérations par an. Ce chiffre est en augmentation constante (10% par an).

Parmi les premières motivations déclarées des personnes opérées, on trouve d’abord le désir de plaire à soi-même (69% des personnes opérées) suivie par celui de mettre un terme à un complexe physique (34%). 
Ces chiffres démontrent que la motivation de la chirurgie esthétique est avant tout une affaire "d'image de soi".
Les motivations dites "externes", même si elles ne sont pas négligeables, passent largement après : 21% des femmes déclarent ainsi que l'opération est dans le but de plaire à leurs compagnons, 15% dans le but de préserver leur jeunesse, 11% dans le but d'être plus à l'aise dans leur milieu professionnel, 7% dans le but de paraître plus jeune dans la société actuelle.

À la base, il existe donc un stress ou une souffrance, qui peut miner l’estime de soi, compromettre les rapports avec autrui ou même les activités courantes. 
Alors, l’amélioration de l’enveloppe charnelle peut engendrer un véritable mieux être, aussi bien physique que psychologique. En atténuant leurs complexes, la chirurgie peut réconcilier certains avec leur image et, au-delà, provoquer un mieux-être indéniable.

N’oublions pas que toucher à son corps, c’est aussi toucher à son histoire et… à son identité.
Mais il se peut que toucher à cette dernière soit parfois salutaire.

A côté de ces questions identitaires se pose celle des dangers objectifs de cette pratique.
En France, le secteur de la chirurgie esthétique souffre d'un flou législatif évident : 4 000 médecins pratiqueraient la chirurgie esthétique alors que dans le même temps, seulement 780 d'entre eux seraient qualifiés.
La première démarche à effectuer consiste donc est à se renseigner auprès de l’Ordre des Médecins sur les compétences réelles du chirurgien que l’on a choisi.

Par ailleurs, certaines personnes ne sont jamais satisfaites et ne supportent pas le moindre défaut sur leur visage ou sur leur corps. C’est alors la surenchère : la mode des lèvres chirurgicalement gonflées en est un parfait exemple qui peut faire passer du beau… au franchement laid.

La chirurgie esthétique peut contribuer au recul des syndromes dépressifs et à l’amélioration de la qualité de vie, instaurer un meilleur rapport psychologique avec soi-même par un regain de confiance en soi et en sa séduction.
Donc, pourquoi pas ?
Mais il faut savoir que l’on prend des risques, comme pour toute opération : le patient doit toujours garder en mémoire qu’il risque sa vie, pour une plus belle image et que les résultats ne seront pas toujours conformes à ce qu'il attendait de cette transformation.
5% des interventions se solderaient par des mauvais résultats "objectifs" et, selon une étude menée dans trois hôpitaux de la région parisienne, sur 200 personnes opérées en 1999, 20% se déclareraient mécontentes du résultat.

De toute façon, si vous entreprenez une telle démarche, vous devrez aussi apprendre à vivre avec les modifications qu’elle aura entraînées, qu’elles soient à la hauteur de vos attentes, ou non.
Mais sachez qu’un acte chirurgical, même réussi, ne réparera pas un couple qui flanche ou une déprime bien enkystée…

Un très bon livre sur cette question : "Chirurgie esthétique et psychologie ou apparence et métamorphose", Isabelle Faivre

7 commentaires:

estsidestory a dit…

Dilemme essentiel : être ou paraître ,mais Milan Kundera résume très bien la condition humaine :
« Le souci de sa propre image, voilà l'incorrigible immaturité de l'homme...» Perso. je considère toujours l'aspect physique comme une " vitrine " ce n 'est qu'après avoir franchi la " porte du magasin " que je sais ce qu'il y a à l'intérieur...

Anne a dit…

Votre article est très intéresant, Norma, car il apporte cet éclairage irremplaçable de la psychologie et il satisfait le sens de l'équilibre et de la mesure.
J'ai envie de proposer mon simple témoignage.
"Si l’appréciation de la beauté varie selon les époques et les cultures, elle se fait tout de même autour de quelques "attracteurs esthétiques" quasi universels : jamais l’on ne verra des dents mal plantées, des boutons sur le visage, une grimace, des tâches et des rides, présentés comme des canons de beauté": cela vous semblera peut-être curieux, mais j'ai toujours été fascinée par le tableau de Ghirlandajo représentant un vieil homme regardant son petit-fils, et jamais il ne m'est venu à l'idée de trouver ce vieil homme laid, tant son expression est empreinte de bonté et de tendresse. D'autre part, j'ai eu l'occasion de rencontrer des personnes qu'on aurait pu qualifier de laides, pour certaines irrégularités de leur visage et, chaque fois, dès qu'elles commençaient à parler, tout critère d'apparence défavorable disparaissait et même, pouvait devenir un charme supplémentaire, car un visage satisfaisant aux normes peut aussi être très banal.
En ce qui concerne le dessin de modèle vivant que je pratique depuis pas mal de temps maintenant, je me suis aperçue au fil des ans que je préfère un modèle expressif, de petite taille, aux proportions équilibrées, et que l'expression du visage et de la pose donne de bien meilleures représentations que les attitudes figées, les visages fardés et les corps longilignes de certains modèles qu'on peut voir dans les magazines. L'âge peut avoir de l'importance, car un modèle âgé peut être passionnant à représenter.
Enfin, le charisme d'une personne, pour ma part, est bien plus important lorsqu'on sent que cette personne a beaucoup et intensément vécu.
"11% des femmes se feraient opérer dans le but d'être plus à l'aise dans leur milieu professionnel": c'est déjà trop et, personnellement, je trouve que ce genre de pression est une dérive qui ne devrait pas exister.
En tout cas, Norma, merci pour votre chronique toujours passionnante.
Amicalement.
Anne

Minemine et cie a dit…

Norma ne crois-tu pas que "les miroirs" sont responsables en partie de la souffrance que vivent les gens qui n'aiment pas leur image ? Si on n'avait pas inventer les miroirs, si l'on ne pouvait se voir que dans le reflet de l'eau ou d'une vitre, les complexes n'auraient pas de prise. Les beaux et les laids en auraient été "rapprochés" parce que dans le fond qu'on soit beau ou laid, on est des humains pareils.

Chronique intéressante à lire comme à l'habitude.

Bonne journée.
Linda

norma c a dit…

Bien sûr, Francis, il est des personnes, comme toi, qui ne s'arrêtent pas aux apparences, hélas, j'en connais beaucoup pour qui ces dernières sont déterminantes, au moins inconsciemment...
Très vraie, cette phrase de Kundera, tu me donnes envie de relire cet ouvrage que j'ai lu il y a maintenant très longtemps.
Très bon dimanche, Francis.
Norma

norma c a dit…

Je comprends tout à fait votre position, Anne, qui est très encourageante pour l'humanité, mais trop rare, malheureusement, dans les comportements sociaux "habituels".
Elle renforce encore ce que j'ai essayé de dire dans cet article : il est dommage que le culte de l’apparence occulte la réelle dimension d'un être humain.
Hélas, pour côtoyer pas mal de jeunes (et de moins jeunes...), ce culte de l’apparence est souvent parlé (et vécu), avec son lot d'injustice et de cruauté...
Surtout, restez comme vous êtes, Anne, il est précieux de rencontrer des personnes comme vous qui ne véhiculent pas de tels stéréotypes !
Merci pour votre témoignage qui fait du bien, passez un très bon dimanche, amitiés.

Norma

norma c a dit…

Tu as raison, Linda, mais il est des miroirs encore plus implacables que ceux auxquels tu fais référence ici : ils sont faits du "regard de l'autre", dans lequel on peut lire, face à notre apparence, raillerie, déception, léger (ou pas léger) mépris, ainsi que toutes ces petites phrases assassines entendues pendant l'enfance et l'adolescence ( et même plus tard....), toutes ces choses qui blessent et avec lesquelles il faut apprendre à faire...
Ce n'est pas un hasard, outre ses aspects mercantiles, si la chirurgie esthétique a tant de succès, je crois qu'elle sert, dans bien des cas, à faire oublier ces blessures, narcissiques certes, reçues eu égard à notre physique...
Quand les murs renvoient autant le culte de l’apparence, que faire ?
Très bon dimanche de redoux, Linda, amitiés.
Norma

Oxygène a dit…

Bonjour Norma. J'arrive bien tard pour découvrir cet article que j'avais remarqué mais que je n'avais pas eu le temps de lire tranquillement. Ce problème me touche beaucoup. Non que j'ai usé de la chirurgie esthétique et pourtant... toi qui me connais sait qu'il y aurait beaucoup de travaux à envisager pour arriver aux critères de la beauté... ;-))) mais si le sujet m'intéresse c'est que je le trouve inquiétant.
Bien sûr, il est humain d'être tenté de se faire refaire une partie du visage ou du corps lorsque le "défaut" engendre un malaise, mais c'est la surenchère qui survient ensuite qui me fait peur.
Je me rappelle avoir vu une émission qui traitait ce sujet. Une jeune femme d'à peine trente ans se faisait injecter un produit sur le front pour effacer des rides (?) L'effet était bref, il lui faudrait recommencer, puis elle parlait d'une autre intervention, je ne sais plus laquelle... mais comment s'arrêter lorsqu'on a mis le doigt dans l'engrenage... ?
Je ne peux m'empêcher de penser aussi, entre autres, à la sublime Emmanuelle Béart dans Manon des Sources et à la jeune femme d'aujourd'hui aux lèvres botoxées (boursouflées) et vraiment moches. Et je ne parle pas de ces femmes qui se mettent à se ressembler toutes, qui perdent toute expression naturelle tant le visage a été détruit par les interventions...
J'en veux aux magazines, à la télé, qui prônent comme "modèles standard" la jeunesse, la minceur et la beauté...
De plus en plus de femmes, très jeunes, sont tentées par la chirurgie esthétique, pensant trouver là une solution à leur mal-être mais c'est oublier le poids de la chirurgie et les risques encourus.
Je ne parle pas de la chirurgie réparatrice qui, elle, est totalement légitime à mon sens mais je trouve dommage de se faire charcuter parce que l'on se sent mal dans sa peau...
Ah, si seulement le regard des autres était plus tolérant, si chacun acceptait l'autre avec ses particularités, ses différences et sa richesse... Si chacun savait voir derrière la vitrine... comme le dit Estsidestory
Je ne sais pas si tu connais le blog de Lmvie. Elle a subi une opération de chirurgie esthétique alors qu'elle était toute jeune, mais cela s'est mal passé et elle souffre encore aujourd'hui du visage. Si tu en as le temps je te recommande de lire son témoignage (il faut pour cela prendre son blog depuis le tout début). http://memodemots.over-blog.com
L'expérience de Lmvie est à faire lire aux jeunes filles qui pensent que l'acte de chirurgie esthétique est anodin.
En tout cas, ce qui serait important je pense, c'est de changer les mentalités. Il est vrai que le beau est plus esthétique, que la minceur est plus photogénique, que la jeunesse est plus optimiste, mais....
Il y a tant de "mais", tant de choses à dire sur ce sujet...
Il faut absolument que je mette un point à mon commentaire...
Merci à toi Norma d'avoir traité ce sujet si intéressant et pardon pour ce com qui part un peu dans tous les sens.
Je t'embrasse