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samedi 21 janvier 2012

Du côté de la psychologie

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"L'enfant du milieu"

"Nous sommes trois sœurs à la maison et je suis "l'enfant du milieu". Objectivement, j'ai moins bien réussi mes études que mes deux autres sœurs et je me sens toujours complexée face à elles. Cette situation est-elle due à cette position dans la fratrie ?" (Anne-Marie)



De nombreuses études, issues aussi bien de la psychologie que de la parapsychologie, se sont intéressées, avec plus ou moinsde succès, à la question que vous posez ici, Anne-Marie : celle de la place médiane dans une fratrie.

Tout d'abord, je tiens à préciser qu'il serait erroné d’imputer à cette place tous les déterminants psychologiques d’un individu, voire ses réussites ou ses échecs au cours de son existence.

En prenant en compte cette restriction, je vais tenter ci-dessous d’apporter quelques éléments d’éclairage à votre question.

Du temps du droit d’aînesse, il était clair que la meilleure place dans la fratrie était celle de fils aîné, héritier du patrimoine…
Il n’en va pas de même aujourd’hui, où les enfants sont, aux yeux de leurs parents, des êtres à part entière avant d’être des aînés, des cadets, des benjamins.
Françoise Peille, psychologue spécialiste de l’enfance, écrit : "Avec la disparition des familles nombreuses, le rang dans la fratrie compte désormais moins que les relations conscientes et inconscientes tissées entre parents et enfants ".
Françoise Dolto, dans "Tout est langage ", évoque également ce rapport inconscient, essentiellement non verbal, qui s’établit très tôt entre une mère et son enfant, quel que soit son rang dans la fratrie.
A vrai dire, aucune place n’est plus propice qu’une autre à la construction de soi. Chacune oblige à faire face à des difficultés spécifiques.
Bien des cadets ne peuvent s’empêcher de penser que leurs aînés ont eu plus de chance mais les aînés ont souvent des servitudes inhérentes à leur place, en particulier supporter leurs cadets, ces intrus qui ont bouleversé leur vie.
Il est vrai, également que, moins sollicités par le regard et les attentes parentales, les "enfants du milieu", selon le psychologue Kevin Leman, peinent davantage à trouver leur place dans le monde. Leman soutient qu'ils sont pris entre l'aîné, qui obtient le plus d'attention de ses parents et cristallise leurs attentes, et le cadet, qui est le " bébé" de la famille, toute sa vie. Ainsi, tiraillés entre les plus grands et les plus petits, les enfants du milieu s’estimeraient lésés par rapport à l’aîné et au benjamin, à qui l’on accorderait bien plus d’attention. "On dit souvent que c’est la place la plus difficile" estime Françoise Peille.

L’"enfant du milieu" apprend pourtant à faire son chemin, discrètement, en demandant le moins possible de l’aide mais devient de ce fait plus indépendant. Il apprend très tôt à se débrouiller : "Il ne peut pas toujours compter sur son aîné ou demander de l’aide à ses parents, davantage disponibles pour le dernier. Il se tourne donc vers ses camarades", constate Michael Grose. Et cette situation peut lui permettre par la suite de devenir "un adulte conciliant, ouvert aux compromis", ajoute Françoise Peille. On dit aussi que "l’enfant du milieu" aime souvent "la justice", parce qu’il trouve, dès son plus jeune âge, que la vie est injuste envers lui : l’aîné a plus de privilèges et le dernier est plus gâté. Il adopte rapidement une attitude de résilience et se plaint peu.

Mais il y a aussi bien des avantages à être un "enfant du milieu" : d’abord, il n’est pas le premier !
Ses parents, qui ne sont pas parents pour la première fois, sont moins angoissés, moins stressés, moins exigeants, plus réalistes. D'ailleurs, ils disent fréquemment, en parlant du cadet : "Lui, il a grandi sans problème, presque sans qu'on s'en rende compte !" Sans oublier la présence de l'aîné, qui peut devenir un exemple pour le deuxième. Ce dernier va alors tenter de le copier, de le suivre et fera des progrès rapides. Il marchera plus tôt, parlera plus rapidement. Il saura aussi partager ses jouets, défendre son territoire, alors que l'aîné doit apprendre tout cela lors de la venue du deuxième...

Il existe néanmoins un risque que l'aîné l'inhibe et le freine. Le cadet se dit qu'il ne pourra jamais être à la hauteur, que l'aîné fera toujours mieux que lui.

C’est ce que je perçois dans vos propos, Anne-Marie, eu égard à votre aînée mais aussi à votre cadette.
L’"enfant du milieu" choisit fréquemment une sphère d'excellence opposée à celle de l'aîné, préférant abandonner toute compétition. Par exemple, si sa grande sœur est une intellectuelle, il (ou elle) sera sportif(ve) ou artiste, ou choisira un autre domaine dans lequel il (ou elle) développera ses compétences. Et il (ou elle) pourra être très heureux(se) dans ce choix, si  il (ou elle) s’y autorise et ne garde pas toujours le regard fixé sur les "prouesses" des autres membres de la fratrie.

Sachez aussi, Anne-Marie que, par ailleurs, il est un avantage certain qui réside dans le fait de ne pas être l’objet d’autant de pression parentale que l’aîné ou le cadet ; l’enfant du milieu n’a pas non plus à vivre avec le fardeau des attentes élevées sur les enfants premiers-nés et… sur les enfants uniques !
Et, en outre, il peut trouver son accomplissement dans ses relations avec ses amis et ses partenaires.

En 2009, un sondage auprès de 1000 parents et 1000 "enfants du milieu" montrait qu’une majorité des enfants interrogés déclaraient avoir été l’objet de moins d'attention que leurs frères et sœurs et avoir ainsi appris à faire plus de choses par eux-mêmes. Plus indépendants à un âge précoce, ils avaient mieux résisté aux épreuves de la vie. Ils semblaient heureux de leurs relations et de leur carrière. 60% d’entre eux déclaraient que, de tous leurs frères et sœurs, ils étaient les plus satisfaits de leur vie...
Que ces quelques éléments vous permettent, Anne-Marie de relativiser ce que vous considérez comme un  "complexe" face à vous deux sœurs.
Peut-être, effectivement, avez-vous moins bien réussi dans vos études, mais peut-être avez-vous développé des qualités relationnelles qu’elles n’ont pas et trouvé dans votre vie des éléments de bonheur différents mais bien réels…

Il suffit simplement de changer votre regard sur vous-même, ce n’est pas aisé, certes, mais vous pouvez y parvenir…

18 commentaires:

estsidestory a dit…

Nous étions …sept enfants à la maison : deux filles et 5 garçons…
Je suis le troisième, mon frère aîné et le second étaient en très forte concurrence :l’aîné plus tôt grand et sportif, le second plus « ramassé » est très intellectuel .Moi, le troisième, j’ai pris et appris de chacun des deux ,pour les autres frères et sœur je pense qu’il en aura été de même. Maintenant, je pense que les parents se doivent de ne pas afficher leur préférences et donner les même « chances » à chacun de ses enfants, tout en étant conscients que chaque enfant est différent est n’a pas les mêmes capacités. Cela dit, je ne pense pas que dans ce cas précis de « l’enfant du milieu » il puisse y avoir cause à effet à la situation décrite par Anne-Marie,peut-être simplement un « sentiment » d’infériorité du à quelques manquements de la part des parents,des deux sœurs peut-être également...

Anne a dit…

On ne choisit pas sa situation mais finalement on y trouve son équilibre et des avantages, comme vous l'expliquez fort bien, Norma. Anne-Marie a beaucoup de chance d'avoir des soeurs. La famille est un rempart précieux contre l'adversité et le temps paraît parfois bien long lorsqu'on est enfant unique.
Anne-Marie a-t-elle exprimé à ses soeurs ce qu'elle ressentait? Elle serait peut-être surprise de leur réaction et constaterait, j'en suis sûre, que ses soeurs l'admirent pour sa réussite dans des domaines auxquels elle ne pense pas.

Bon weekend, Norma!
Anne

Marie-Josée a dit…

Pendant mes études universitaires, j'ai donné des cours privés pour gagner des sous, et cela m'amenait à aller directement chez les gens.

J'ai entre autres eu comme élèves trois petites filles anglophones d'un milieu très huppé de Montréal. La mère était toujours à la maison, mais avait une attitude étrange à mes yeux, fermant par exemple les portes à clé le jour, à l'intérieur de la maison.

J'ai vu ces enfants entrer dans l'adolescence, car je les ai suivies pendant plusieurs années et celle du milieu, Rachel, qui était très intelligente et la plus douée des trois en matière de langue est devenue anorexique.

Ce n'est certes pas sa seule position dans la fratrie qui a induit cette pathologie avec laquelle il était difficile de composer, mais il est certain qu'elle avait plus de difficulté à se situer dans l'existence que l'aînée ou la cadette.

Je suis personnellement l'aînée de deux filles, et je dirai à Anne que le désir de dialogue n'est pas toujours partagé. Il peut même être définitivement rompu. Avant même que l'on puisse expliquer que, la position d'aîné impose le lourd fardeau des rêves non réalisés des parents peut-être plus que les autres places dans la famille...

Michelaise a dit…

Ah les histoires de compétition entre frères et soeurs, cela commence à 2 et cela s'atténue en principe avec le nombre ! à troisn cela semble crucial, mais va savoir...
ceci étant, Marie Josée, je suis pliée de rire, ma voisine, qui est psychiatre, ferme toutes les portes à clé chez elle, même les placards !!! nous n'avons toujours pas élucidé le pourquoi de l'histoire !!!!

Marie-Josée a dit…

Je te dirais, Michelaise, que j'ai une réponse en ce qui concerne la mère de mes anciennes élèves : c'était une Anglaise!!! Cette réponse révèle quelque chose des deux solitudes que l'on vit à Montréal, la communauté anglophone et la francophone ne se liant que très peu. Cette femme envoyait d'ailleurs ses filles dans une toute petite école anglaise où leur mère et leur grand-mère avaient étudié avant elles. Pourquoi alors des cours de français? Étrange... J'avais chez elle le statut des anciennes préceptrices -ce mot existe-t-il au féminin? je le crée...- un peu plus qu'une servante, mais pas beaucoup. Elle avait arraché une moitié d'une carte de Noël pour m'écrire ses voeux sur la partie restante... Elle était pourtant on ne peut plus riche. Peut-être craignait-elle quelques larcins?

Et moi, j'observais le tout avec un certain détachement. Je dois dire, par contre, que j'ai été touchée par l'anorexie de Rachel qui a même dû être hospitalisée. Nos cours étaient devenus des batailles, car elle tenait à me faire manger les collations qu'elle préparait plutôt que de se concentrer sur le travail que nous faisions ensemble.

Cela s'est produit il y a plus de vingt-cinq ans, mais c'est encore très présent à mon esprit.

Anne a dit…

Norma, juste un commentaire (qui n'a rien à voir avec le sujet) pour vous dire que je n'accède plus à certains blogs (la page ne s'affiche même pas) : Ciel bleu de Castille d'Alba, Album vénitien de Dabnelle par exemple, et ceux de Martine, par intermittences. Auriez-vous une solution? D'avance, merci!
Amicalement.
Anne

Marie-Josée a dit…

Je me permets un petit tuyau, Anne : j'avais des problèmes similaires aux vôtres et Françoise (autour du puits) m'a incitée à installer Google Chrome comme navigateur. Depuis, plus aucun problème...

Bon dimanche

norma c a dit…

Francis, il faudrait effectivement que les parents ne marquent pas, consciemment du moins, leur préférence pour tel ou tel enfant.
Or, on sait que, derrière des comportements que tout parent digne de ce nom veut "semblable" eu égard à chacun de ses enfants, il est des attitudes inconscientes et souvent non verbales, très différenciées d'un enfant à l'autre...
Il existe aussi ce qu'on qualifie de "pronostics de réussite" très différents d'un enfant à l'autre, du genre : "tiens, celui-ci sera plutôt scientifique" ou : "elle, elle est littéraire".
Ce sont des éléments que les enfants perçoivent très jeunes, soit ils s'y conforment, soit ils s'y opposent, mais dans tous les cas, ils ont été entendus et constitueront une référence...
Françoise Dolto, comme je l'écrivais dans mon billet, évoque très bien dans "tout est langage", ces attitudes parentales différenciées...
Je pense qu'elles sont plus importantes que la place dans la fratrie.
Très bonne journée, Francis !

norma c a dit…

Peut-être que parler de ce ressenti serait une bonne chose, Anne, mais, comme l'exprime plus loin Marie-Josée, il est des situations où la parole est vaine, des situations de blocage, où les places de chacun, au sein d'une fratrie, sont très "marquées", et où tout le monde s'y conforme...
En revanche, je n'ai pas évoqué ici, mais je le ferai dans un prochain billet, la question de l'enfant unique, dépourvu de relations avec d'autres enfants de la fratrie et objet de tout le "poids parental", place inconfortable s'il en est...
Effectivement, je pense comme vous, en dépit de certains inconforts, qu'il est une chance d'avoir des soeurs !
Très bon dimanche à vous, Anne, amitiés.
Norma

norma c a dit…

J'avais abordé dans un billet précédent (il y a un an environ,) ce problème de l'anorexie, Marie-Josée, pathologie des plus lourdes et des plus difficiles à vaincre.
En tout cas, comme toute pathologie, il s'agit d'une "réponse" à une situation conflictuelle : situation dans la fratrie, difficulté à se situer dans sa sexualité au moment de l'adolescence, rébellion contre une famille qui laisse peu de place, effet de mode exacerbé, autant d'hypothèses qui se conjuguent souvent...
Une pathologie qui exprime une très grande douleur, sur laquelle les parents doivent s’interroger, chose qu'ils font parfois, heureusement...
Vous pouvez, si vous le souhaitez, taper "anorexie" dans le moteur de recherche du blog, vous serez dirigée vers ce billet.
Quant à la deuxième partie de votre commentaire, je l'ai évoquée dans ma réponse à Anne.
Très bonne journée, Marie-Josée, je viens de voir qu'il fait très froid aujourd'hui à Montréal.
Norma

norma c a dit…

Je pense que la solution évoquée par Marie-Josée est la bonne, Anne.
Téléchargez Google Chrome et le fonctionnement de votre blog sera optimisé.
C'est ce que j'ai fait vendredi et depuis, j'accède à tous les blogs.
Souvent, sur la page habituelle de google s’affiche une fenêtre avec : "téléchargez Google Chrome", suivez les instructions, c'est très facile.
Si cette fenêtre ne s'affiche pas, tapez "Google Chrome", vous trouverez très vite la proposition de téléchargement, qui est gratuit.
J'espère que cela va marcher, très bon dimanche !
Norma

norma c a dit…

Je ne sais pas, Michelaise, si cet esprit de compétition s'atténue avec le nombre d'enfants d’une fratrie, il y en parfois un, parmi eux, qui est l'objet de la "fixation" des autres, envie, désir, jalousie ?
Pourquoi ?
Manifestations conscientes ou inconscientes d'une préférence parentale, position dans la fratrie, personnalité plus marquée, ou souvent conjonction de ces éléments ?
Très bon dimanche!
Norma

VenetiaMicio a dit…

Un dossier intéressant que tu traites ici Norma. J'ai eu l'occasion de voir grandir une famille de 3 garçons et 1 fille un peu plus tard. Il est vrai que le deuxième, pendant sa petite enfance, avait du mal à se situer entre ses 2 frères.L'aîné à qui l'on faisait comprendre son rôle et le benjamin qui se permettait tout ! Mais à l'adolescence le cadet s'est vraiment épanoui, il est devenu par ses manières le plus charmant (voir charmeur) élégant, artiste, se démarquant vraiment du trio, suivant les mêmes études que les deux autres... en fait c'est plutôt la petite dernière qui a eu plus de difficultés à un moment !

norma c a dit…

Sur les fratries, Dany, tu vois qu'il n' y a pas de théorie explicative unique mais, chaque fois, une histoire singulière entre des parents et leurs enfants et des enfants entre eux...
Tu sais, en écrivant ce billet, j'attendais quelque part des témoignages d'"enfants du milieu" qui avaient mieux réussi que les autres... En voilà donc un qui prouve bien que la place dans la fratrie, même si elle peut avoir une influence, n'est pas déterminante.
Je t'embrasse, très bon dimanche.
Norma

Oxygène a dit…

Bonjour Norma. Le sujet est passionnant et... difficile. Pas facile sans doute d'être le numéro 2... Je suis l'aînée de trois enfants et ma soeur de deux ans plus jeune que moi a souffert et souffre toujours de sa position de seconde... Je ne pense pas que mes parents aient fait des différences entre nous... Quoique... ? J'étais la Première (je mets volontairement une majuscule) et l'arrivée plus tard d'un garçon après deux filles a sans doute eu une importance particulière...
Dans le cas de l'arrivée d'un autre enfant, je pense que les écarts de temps entre les naissances ont leur importance aussi... Parents comme enfants n'auront pas la même attitude si les naissances sont rapprochées ou au contraire espacées, voire très espacées...
Et on ne parle pas de l'enfant unique qui souffre parfois de ne pas avoir de petit frère ou petite soeur avec qui jouer, échanger, se confronter aussi...
Merci pour cette étude qui je l'espère aidera ta correspondante.
Je t'embrasse et te souhaite une bonne fin de journée :-)

norma c a dit…

Effectivement, Oxy, je pense que les écarts entre les naissances ont leur importance mais je pense surtout que les parents n'investissent pas pareillement chacun de leurs enfants et cela, pour une large part, inconsciemment.
Lis "Tout est langage" de Françoise Dolto, je crois que cet ouvrage te plaira beaucoup.
Je t'embrasse, désolée pour cette réponse tardive, je suis un peu bousculée en ce moment.
Norma

Oxygène a dit…

Ne te tracasse pas Norma pour la réponse tardive. Tu n'es jamais obligée de répondre, sois tranquille.
Merci à toi d'être toujours aussi fidèle et présente. Je note le titre de Françoise Dolto pour l'emprunter à la bibliothèque.
Je t'embrasse. Bonne nuit ou bonne journée si tu lis ce message mercredi matin :-)

norma c a dit…

C'est l'idée que je me fais d'un blog, Oxy, cet échange avec ses lecteurs, particulièrement pour cette rubrique.
Je sais aussi que cette conception est la tienne.
Je t'embrasse, très bonne journée et à bientôt !
Norma